La pénurie de métiers spécialisés au Canada est structurelle et non temporaire

Aux États-Unis, il faut désormais plus de temps pour recruter un technicien HVAC ou un électricien qu’un développeur logiciel. Les postes en métiers spécialisés prennent en moyenne 56 jours à pourvoir, dépassant les 54 jours observés pour les postes de bureau.

L’analyse de Randstad USA portant sur plus de 150 millions d’offres d’emploi révèle que la demande pour les métiers spécialisés croît 3 fois plus vite que celle pour les postes professionnels, portée par le boom des infrastructures liées à l’IA. Le Canada n’est pas épargné. Les mêmes forces structurelles sont à l’œuvre, et à plusieurs égards, le bassin de main-d’œuvre canadien est encore plus fragilisé.


01. Est-il plus difficile de recruter dans les métiers spécialisés au Canada aussi ?

Oui, et c’est un problème structurel, non conjoncturel. Randstad Canada observe le même phénomène : le vieillissement de la main-d’œuvre et les obstacles à l’entrée dans les métiers sont les deux moteurs d’une pénurie qui devrait persister bien au-delà de 2025. Source : Randstad Canada, 2025

Les données du gouvernement fédéral confirment l’ampleur du phénomène : dans le secteur des métiers, 700 000 travailleurs qualifiés devraient prendre leur retraite entre 2019 et 2028. Source : Gouvernement du Canada, CIMM, novembre 2024

Pourquoi ? Trois forces convergentes : (1) une vague de départs à la retraite sans cohorte de remplacement équivalente ; (2) une génération orientée vers l’université plutôt que vers les métiers, sous l’influence des parents et des conseillers d’orientation scolaire ; (3) un système d’apprentissage dont le taux de complétion national est de 46 %, ce qui signifie que plus de la moitié des personnes inscrites n’obtiennent jamais leur certification.

02. Quels métiers spécialisés sont les plus en demande au Canada ?

Compétences Ontario, l’un des organismes de référence en matière de métiers au Canada, a identifié les métiers suivants comme les plus en demande pour 2026, portés notamment par les projets d’infrastructure, les secteurs ICI (industriel, commercial, institutionnel) et les projets énergétiques. Source : Compétences Ontario via ConstructConnect, novembre 2025

  1. Le métier le plus demandé : Électriciens industriels
  2. Énergie, centres de données : Soudeurs
  3. Fabrication et production : Machinistes et mécaniciens industriels
  4. Logistique et transport : Mécaniciens de camions

Économiques RBC a également signalé que les mécaniciens industriels, les soudeurs et les chaudronniers sont parmi les métiers confrontés aux pénuries les plus sévères dans le cadre du boom des infrastructures à venir. Économique RBC Le CSIS note que les centres de données requièrent spécifiquement des électriciens, des tuyauteurs, des techniciens en CVC, des soudeurs et des manœuvres, qui sont des métiers tout aussi rares des deux côtés de la frontière. Source : CSIS, septembre 2025

03. Combien de personnes entrent dans les métiers comparativement à celles qui en sortent ?

C’est là que le problème structurel du Canada est le plus criant. La balance ne s’équilibre pas.

Sorties (retraites)

~270,000

travailleurs de la construction expérimentés partiront à la retraite au cours des 10 prochaines années, soit un cinquième de la main-d’œuvre de 2024

Entrées (nouvelles recrues prévues)

~272,200

nouveaux travailleurs de moins de 30 ans attendus, mais le secteur doit aussi croître de 111 600 travailleurs supplémentaires

Même si les prévisions d’entrée se concrétisent, le Canada pourrait tout de même faire face à un manque de 108 300 travailleurs d’ici 2034, une fois les besoins de croissance ajoutés aux départs à la retraite. Le besoin total d’embauche s’élève à 380 500 travailleurs au cours de la prochaine décennie. Source : Prévisions nationales 2025–2034 de BuildForce Canada, via On-Site Magazine, avril 2025

Taux de certification par métier (le problème du bassin de relève) :

La publication 2024 de Statistique Canada fait état d’un nombre record d’inscriptions en apprentissage (101 541 – une hausse de 5,9 % par rapport à 2023), mais les certifications ont à peine progressé (+1,0 %) et demeurent 9,6 % en dessous des niveaux prépandémiques. Source : Statistique Canada, décembre 2024

Taux d’abandon : 30,9 % des apprentis quittent leur programme avant la fin prévue. Par ailleurs, 49,2 % sont toujours inscrits après l’échéance de leur programme sans avoir encore obtenu leur certification (les « continuants »). Source : Statistique Canada, décembre 2024

Points saillants par métier (taux de certification sur 6 ans) :

Mécaniciens industriels (millwrights)

~50.5%

se certifient en 6 ans, le taux le plus élevé parmi les métiers clés

Soudeurs

~38%

taux de certification toujours bien en dessous des niveaux prépandémiques de 2021

Machinistes

−11.5%

baisse des nouvelles inscriptions en 2024 d’une année à l’autre, l’une des plus marquées

Sources : Statistique Canada, données de 2019 sur les parcours ; Statistique Canada, publication 2024 sur l’apprentissage ; CWB Group, Rapport 2024 sur le soudage

Le rapport 2024 du CWB Group souligne que les besoins en certification dans le domaine du soudage devraient dépasser les taux de complétion entre 2024 et 2028, exposant la majorité des provinces à des pénuries à court terme.

Dans les métiers de la construction, 2023 a enregistré 71 900 nouvelles inscriptions (+18 % par rapport à 2022), mais les taux de complétion n’ont pas suivi, créant un goulot d’étranglement critique, seuls les compagnons certifiés peuvent superviser la prochaine génération. Source : BuildForce Canada, septembre 2025

04. La demande pour les métiers spécialisés est-elle en hausse au Canada ? Si oui, pourquoi ?

Oui, et la vague d’infrastructures liées à l’IA en est l’un des accélérateurs les plus évidents.

Le gouvernement fédéral a engagé 2 G$ sur cinq ans dans le cadre de la Stratégie canadienne souveraine de calcul pour l’IA afin de développer la capacité nationale en centres de données. Jusqu’à 700 M$ sont spécifiquement destinés à mobiliser la construction de centres de données dans le secteur privé. Source : Bennett Jones, décembre 2025

La saturation du réseau électrique américain pousse les hyperscalers vers le nord. Microsoft a lancé la construction d’un campus de 1,3 G$ CA à Québec en septembre 2024, conçu pour l’entraînement de modèles d’IA et tirant parti du mix hydroélectrique renouvelable à 99 % du Québec. Amazon détient un bail de 80 MW en banlieue de Montréal. Source : Mordor Intelligence, 2025

En Alberta, le nombre de projets de centres de données cherchant à se connecter au réseau est passé de 2 en janvier 2024 à plus de 30 à la fin de 2025, avec des demandes de capacité combinées atteignant 21 GW. Économique TD La province vise officieusement 100 G$ en développement de centres de données liés à l’IA d’ici 2030.

Au-delà de l’IA : les prévisions nationales 2025–2034 de BuildForce Canada projettent que l’emploi dans la construction devra croître de 111 600 travailleurs pour répondre à la seule croissance, avant même de prendre en compte les 270 000 départs à la retraite. La construction non résidentielle, incluant les centres de données, les infrastructures énergétiques et les installations industrielles, en est le principal moteur. Source : BuildForce Canada, avril 2025

En résumé, pour les employeurs canadiens

Les conclusions de Randstad USA ne sont pas une histoire américaine, c’est une histoire nord-américaine. Les équipes de recrutement canadiennes font face au même resserrement, auquel s’ajoutent un taux de complétion en apprentissage qui ne s’est pas remis de la pandémie, une vague de retraites qui éliminera environ un cinquième de la main-d’œuvre en construction et dans l’industrie au cours de la prochaine décennie, et un nouveau signal de demande issu des infrastructures liées à l’IA qui ne fait que commencer à se faire sentir. La fenêtre pour bâtir des bassins de talents, partenariats avec les écoles de métiers, incitatifs à l’apprentissage et programmes de rétention se referme rapidement.

Note : La méthodologie exacte de Randstad USA (150 M d’offres, pourcentages de croissance spécifiques par poste) n’a pas d’équivalent publié par Randstad Canada. Les données canadiennes sur la demande et les pénuries proviennent de BuildForce, Statistique Canada, Économique RBC et des sources gouvernementales, généralement considérées comme plus rigoureuses pour le marché canadien qu’une analyse d’offres d’emploi réalisée par une seule firme de recrutement.

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